Allègre – Woerth, même pathologie…
Allègre – Woerth, même pathologie…
Hors jeu et muselé ?
Au musée de la farce scientifique, on croyait M. Allègre définitivement relégué au département paléontologie, section des mammouths laineux (et non dégraissés) et autres créatures antédiluviennes victimes des spasmes du vivant. Loin de l’image de Bruno Giordano qu’il s’attache méticuleusement à cultiver chaque fois qu’on lui ouvre en grande pompe (malheureusement non funèbre) les portes d’une rédaction, c’est plutôt à Pierre Pellerin et consorts que me fait penser notre homme. Chacun se souvient de ce professeur de médecine et expert en radioprotection qui nous expliquait hier à satiété que le nuage de Tchernobyl ne nécessitait aucune mesure de santé publique, quand nos voisins européens prenaient, eux, le problème à bras le corps. Voilà ce que m’évoque Allègre assénant aujourd’hui ses attaques envers le GIEC. Particularisme culturel national, vous avez dit…
On croyait notre académicien, médaille d’or du CNRS, enfin hors jeu et muselé, après s’être couvert de ridicule et attiré les foudres de 400 scientifiques pétitionnant, exaspérés par son torchon truffé d’inepties et son omniprésence dans le PAF des semaines durant. On attribuait, soulagés, la multiplication des protestations à une prise de conscience généralisée qui confinait enfin le climato-sceptisme à la place qui lui sied, au registre des théories conspirationnistes, revisionnistes ou négationnistes… Tels Harun Yahya, quelques pseudoscientifiques et charlatans continuent, pour vendre du papier, à défendre le créationnisme, la planitude de la terre ou encore la génération spontanée. Claude Allègre pouvait bien fanfaronner avec eux, c’était plutôt comique et pathétique au début. Bardé de diplômes et auréolé de prix scientifiques, mais nous servant une rhétorique de comptoir collant à merveille avec son physique et son tempérament de bon gros franchouillard Gaulois, sans étayer aucun de ses propos sur le moindre argument scientifique recevable, c’est-à-dire susceptible d’alimenter un débat avec des pairs… Le pauvre avait perdu la raison et méritait au mieux l’indifférence au pire la compassion.
Rire Jaune…
Mais le rire est jaune. A double titre.
D’une part, parce que son livre, « l’imposture climatique », a vraisemblablement été un succès commercial, si l’on s’en tient au nombre de semaines pendant lesquelles il a figuré dans les coups de cœur FNAC (à moins que le capital relationnel n’ait joué ?). Sa promotion a été assurée grâce à la complaisance de la presse toujours friande de polémique, comme le dénonce avec l’éloquence qui le caractérise Jean Marc JANCOVICI dans une longue lettre ouverte aux journalistes. Le doute s’immisça à nouveau dans les esprits les plus confus et ce climat obscurantiste fécond suscita d’autres vocations intéressées. Celle de Laurent CABROL, évidemment légitime et compétent grâce à ces années de présentation météo pour intervenir dans le débat scientifique. Il ne fait aucun doute qu’un présentateur de Formule 1 décrocherait (allégrement) un doctorat en mécaniques des fluides, en thermodynamique ou en chimie organique.
Rire jaune, d’autre part, puisque notre grossier personnage, expert en coupage de parole, sait à quelle France il s’adresse dans ses excès de populisme poujadiste. En brillant communiquant qu’il est, Monsieur Allègre vient de distiller quelques bribes savamment dosées à la presse, juste ce qu’il faut pour l’appâter et la tenir en haleine, à propos de son projet de créer dans les mois à venir sa fondation. Sa raison sociale « écologie d’avenir » et l’objet qu’elle cultive « rapprocher les entreprises et la science », ferait rougir d’enthousiasme le dernier et le plus plus libéral des encyclopédistes. Et déjà des voix s’élèvent contre un énième dévoiement du mot « écologie » à des fins de greenwatching et de défiscalisation aux potentiels donateurs dont on évoque le nom figurant en bonne place dans le carnet d’adresses de notre pachyderme d’ex ministre : Alstom, Limagrain, EDF et GDF-Suez… On voit enfin plus clairement quels intérêts M. Allègre sert et à la solde de qui il est, à qui profite son imposture et la désinformation qu’il pratique. On ne s’étonnera guère, a fortiori en plein woerthgate, qu’un ex ministre de l’éducation, désintéressé et au service de l’enseignement le plus noble dispose de telles connivences… Corine LEPAGE appelle à une double réponse : refuser d’appeler cette fondation autrement que la fondation Allègre et s’opposer à ce qu’elle soit revêtue d’une appellation d’intérêt général. Il faut saluer sa réaction.
Allègre – Woerth, mêmes symptômes, même pathologie… Une république gangrenée d’individus prêts à sacrifier tout code moral et tout sens moral pour s’attirer la sympathie des puissants, une autre manifestation de cette collusion pitoyable dont on nous sert chaque jour un nouvel épisode.

